Un film de combat

 Il y a une raison évidente d’aller voir les Combattants : la merveilleuse prestation de la merveilleuse Adèle Haenel dans le rôle que l’on espère pas trop de composition de Madeleine, une jeune fille du XXIe siècle à qui l’on ne dit pas ce qu’elle doit faire ou doit être, insolente, libre, frondeuse, indomptable, surdiplômée, intelligente mais persuadée que la fin du monde est proche et que le meilleur moyen d’apprendre à y survivre est d’intégrer un régiment parmi les plus difficiles de l’armée.

Elle va rencontrer Arnaud, un jeune homme qui incarne cette partie de la jeunesse française, bloquée, rurbaine, ni pauvre ni riche, un peu inculte, qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie, qui zone entre petits boulots, barbecue et boites de nuit, pas révoltée mais qui sent bien que la vie, ce n’est pas tout à fait ça.

Madeleine et Arnaud sont deux formidables personnages loin des clichés du genre. Madeleine est un garçon manqué, mais pas vraiment, Arnaud est un garçon sensible, mais pas que, et c’est ce qui rend le film si moderne, ce refus des clichés faciles qui s’applique donc aux personnages mais aussi à la province, à l’armée, à la nature jusqu’au titre qui pourrait être banalement celui d’un film d’action sans intérêt. Il n’en est rien.

Le film est formidablement découpé, commençant comme une comédie franchement affutée pour ensuite devenir un film plus tendre et contemplatif dans la lignée du cinéma d’auteur français et se terminant dans un registre proche du fantastique.

Enfin, pour les amateurs de musiques de films, il faut aller voir « Les Combattants » pour sa bande originale électro où les beats sont autant de pulsations cardiaques et de battements de cœur selon qu’ils accompagnent des scènes d’action ou d’émotion. (On se félicite au passage que cette nouvelle nouvelle vague du cinéma français (Sciamma, Zlotovski et quelques autres) trouve son identité dans la musique électro plutôt que comme le cinéma américain dans un genre de folk vaporeuse et souvent endormie et insipide.)

Les Combattants auraient dû s’appeler les Survivants car au fond, c’est bien de cela dont il s’agit, de la différence entre la survie individualiste, douloureuse et finalement inutile et la sur-vie, synonyme de liberté, de curiosité, de générosité et finalement d’amour, un mot absent du film mais présent dans les regards de chat et de lionne de ses deux acteurs.

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Cinéma-Casino

affiche

 

A-t-on plus de chance d’aimer un film qui se passe dans un casino ? Ce n’est pas impossible. Les chances d’aimer « L’homme qu’on aimait trop » sont fortes.

Les admirateurs d’André Téchiné retrouveront son habituel romantisme, cette façon unqiue de filmer des acteurs amoureux dans des paysages ensoleillés. Comment ne pas penser aux égarés en voyant Guillaume Canet / Maurice Agnelet traverser des champs de blé avec Adèle Haenel / Agnès Le Roux ?

Les admirateurs de musique savoureront la bande originale composée par Benjamin Biolay à la fois totalement adaptée aux salons bourgeois des seventies et totalement biolesque avec ses cordes omniprésentes.

Les amateurs de nouveautés découvriront Adèle Haenel (défintivement le prénom le plus bankable du cinéma français des années 2010) dans un rôle enfin à la mesure de son talent, ici en héritière frondeuse et prisonnière des affres de la dépendance affective.

Les accros aux faits divers se délecteront de cette luxueuse mise en scène d’une des histoires les plus mystérieuses de ces 40 dernières années, toujours irrésolué à ce jour et où s’entremêlent argent, mafia, soleil et sentiments.

Les admairateurs de Catherine Deneuve auront plaisir à la revoir filmée par Téchiné, toujours une autre, toujours elle-même, cette fois en mi mondaine mi chef d’entreprise, maternelle avec ses employés, distante avec sa fille, véritable « miracle filmique » pour reprendre la juste formule de Libération.

Mais ce qui fait l’originalité de ce film est ailleurs et est probablement involontaire.

L’intrigue se déroule essentiellement dans un casino. Or, l’économie du cinéma est ce que l’on appelle une économie de casino. On mise au départ, ça peut rapporter gros mais les gains sont très incertains. Le casino du film; le Palais de la Méditerranée est un peu à l’image du cinéma français : dirigé par Deneuve, il est un peu à l’ancienne, toujours au bord de la faillite, c’est une grande famille avec ses habitués, ses héritiers, ses arrivistes, et puis ses mafieux, ceux qui aimeraient bien racheter la maison, l’intégrer dans un gros groupe et rendre tout ça un peu plus rentable et efficace… Qui l’emportera ? Faites vos jeux… Rien ne va plus..

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Libre comme l’oiseau

 

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Les Bird People de Pascale Ferran sont à première vue ces cadres globalisés, nouveaux nomades sautant d’un Hilton à un Mariott,  toujours entre deux aéroports, allant de San Francisco à Paris, de Dubaï à Hong Kong en passant par Singapour. Ils parcourent le monde mais l’on se rend vite compte qu’ils ne le découvrent jamais. « Quand on pourra faire le tour du monde en 24h, pourquoi le faire ? » déclarait en 1985 Marguerite Duras dans une archive passée à la postérité. Voilà une question que se pose justement Gary, le protagoniste du film à la fenêtre entrouvrable de sa chambre climatisée qui a tout d’une prison dorée.

La réponse s’impose : tout arrêter, tout arrêter avant qu’il ne soit trop tard, avant d’étouffer. Difficile à expliquer à ses collègues, à sa famille, à ses amis, à son avocat,  totalement à l’ouest, au propre comme au figuré. 

Gary n’est pas le seul à subir sa vie. A l’autre extrémité de la chaîne alimentaire, Audrey, étudiante travaille comme femme de chambre dans le même hôtel  pour payer ses études. Deux activités qu’elle ne parvient plus à concilier.

Quand tout semble perdu, quand la vie n’a plus de sens, quand l’horizon est sombre, si sombre qu’aucune lumière ne point à l’horizon, il reste une solution : éprouver sa liberté. En plaquant tout, au sens propre, comme Gary, ou en prenant son envol, au sens figuré, comme Audrey transportée dans la peau d’un moineau.

L’un comme l’autre vont découvrir la beauté et les dangers de la liberté. Un moineau est libre mais menacé, par les avions, les prédateurs. Trouver sa nourriture est difficile, toujours la liberté nous met en position de marginalité, une situation de plus en plus difficile à assumer. Les hommes et les femmes libres seraient-ils de moins en moins nombreux ? Les moineaux, en voie d’extinction ?

Coïncidence, il y a quelques semaines dans son émission « La Planète Bleue » sur la radio suisse CouleurTrois, Yves Blanc rapportait que les moineaux sont en train de disparaître de nos villes.

A Londres, en 15 ans, leur population a chuté de 68%. Des scientifiques mènent actuellement des expériences pour comprendre les raisons d’une telle diminution. Une conjonction de phénomènes semble être à l’origine de ce déclin. Tout d’abord, les maladies se répandraient plus facilement au sein d’une population plus dense est plus faibles d’animaux. A cela s’ajoute un stress nutritionnel : pour survivre, les moineaux adultes peuvent se contenter des restes de fast-food mais ont besoin d’insectes pour nourrir leurs petits, or ceux ci sont introuvables en hiver. A cela s’ajoute le retour des prédateurs et notamment des rapaces qui recolonisent certaines villes sans parler des diverses pollutions chimiques et sonores.

La disparition des moineaux est d’autant plus regrettable que des études psychologiques montrent que le contact avec les animaux sauvage améliore la qualité de vie urbaine.

De plus, le moineau est considéré comme un bon indicateur de l’état de santé des espèces vertébrées dans les villes.

Depuis le temps, on devrait le savoir, il n’y a pas d’espèce qui disparaisse sans ombre inquiétante sur l’avenir de l’être humain.

Mais revenons-en à Bird People. En se faisant moineau, en réussissant à recréer la légèreté du vol du frêle animal à renfort de probables lourds moyens techniques (la première véritable utilisation artistique des drones ?), Pascale Ferran nous propose la seule chose qui vaille pour un cinéaste, un point de vue radicalement original sur le monde.

 

 

 

 

 

 

Bleu comme l’amour

13 octobre 2013 1 commentaire

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Le bleu est la couleur universelle, le bleu est partout, dans les cheveux d’Emma, sur le jean d’Adèle, sur les murs de l’école, sur une boîte aux lettres, sortant d’un fumigène, flottant dans l’océan, sur une petite robe… Le bleu est une couleur que tout le monde aime, il ne fallait pas grand-chose pour qu’elle devienne, le temps d’un film, la couleur de l’amour. Le bleu est partout comme l’amour est partout.

La vie d’Adèle est un film immense, immense comme la triple palme d’or qu’il a reçu. Immense et ordinaire comme l’histoire d’amour d’Adèle et Emma, une histoire de passion, de déchirement, de pardon. C’est une histoire sans gagnant à la fin si ce n’est le temps qui passe. C’est une histoire d’amour en dépit des a priori, de tous les a priori : de sexe, de classe, d’âge, de caractère, d’ambition, une attraction des mêmes et des contraires à la fois. C’est une histoire d’amour avec des regards sans fin, un désir irrépressible, des baisers dans un parc,  des étreintes cachées, une admiration réciproque,

C’est aussi un film sur la liberté. Qu’est ce que la liberté ? Qui l’incarne ? Est-ce Emma, l’artiste qui refuse les carcans de la société pour la création mais qui finit dans un couple où elle s’ennuie, dans une communauté gay où elle tourne en rond, dans une ville qu’elle ne quittera pas. Est-ce Adèle, plus prisonnière de son milieu d’origine mais qui parvient à s’en détacher à la fois en s’émancipant grâce à l’école où elle trouve une vocation d’institutrice et en s’ouvrant à d’autres milieux sociaux grâce à son histoire d »amour . C’est elle qui à la fin, contrairement à l’histoire racontée dans la bande dessinée s’en va vers un ailleurs inconnu mais que l’on devine lourd de menaces.

Au bout du compte, l’idée qui reste est que la liberté est un bien rare et précieux mais atteignable et que les deux protagonistes’ont gâché en gâchant leur amour,  Adèle prisonnière de sa dépendance affective et Emma prisonnière de son égocentrisme et in fine, toutes les deux prisonnières de leur passé qui ne passe pas.

C’est un film sur la France, la France d’aujourd’hui. Celle des banlieues et des villes,  des pâtes bolognaises et des huîtres au citron,  des homos et des hétéros, de la danse africaine en maternelle, des manuels et des intellos, des rêves et du plafond de verre, c’est la France des préjugés mais c’est aussi celle de la tolérance.

C’est un film sur le temps qui passe et qui ne change rien. On peut le remplir avec un métier, une famille, des amants, croire que l’on avance et un jour, recroiser une personne pour que le passé resurgisse. 10 ans ont passé et les héroïnes n’ont pas pris  une ride car on ne vieillit pas dans le regard de celui ou de celle que l’on aime et qui nous aime. On reste éternellement avec les traits, la jeunesse de l’instant de la première rencontre.

L’amour, la liberté, la France, le temps, un baiser de soleil, « j’aurai toujours une tendresse infinie pour toi », Adèle, Léa,  le bleu est une couleur chaude.

Elle revient…

1 septembre 2013 1 commentaire

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Betty est une adolescente comme les autres. Comme toutes les adolescentes, Betty vit chez sa mère, a des histoires d’amour, a un petit boulot de serveuse, a des galères d’argent, s’ennuie, fume en cachette, va en boîte, rêve d’une autre vie. Comme beaucoup d’adolescentes, Betty est très belle, elle a même remporté le titre de Miss Bretagne et comme certaine adolescentes, Betty a décidé de faire une fugue, comme ça, sans trop de raison, parce qu’elle en avait assez de sa petite vie triste et monotone…

Quelque chose différencie Betty de toutes les adolescentes. Betty a la soixantaine. Elle a été mariée, elle a eu une fille (qu’elle ne voit jamais) qui a eu un fils (qu’elle ne connaît pas) . Il s’appelle Charlie. Aussi espiègle et capricieux qu’attachant, il va débarquer dans sa vie.

Betty, cette adolescente, cette femme, cette mère, cette grand-mère, c’est Catherine Deneuve. Au sommet de son art, planant sur le film comme sur le cinéma français, elle interprète sans fausse note un personnage à l’épaisseur et à la complexité rares à la fois provinciale et ex Miss France, femme cougar, mère indigne, fille ingrate, grand mère rédemptrice et jeune fille amoureuse, une femme vieillissante à la beauté persistante. Une femme inclassable, hors normes, exerçant son libre arbitre, refusant le jugement des autres comme un miroir de son interprète qui avec les années qui passent ne cesse de se réinventer, choisissant habilement de faire confiance à de jeunes réalisateurs

Elle s’en va est un film qui réussit le pari d’être aussi drôle que touchant, un film sur le désordre des générations, sur ce que signifie « faire famille ».

Mention spéciale à Némo Schiffman en enfant terrible ainsi qu’à la chanteuse (et désormais actrice) Camille en mère et fille lunatique et paumée. 

Kumi & Jane #TheCoolEffect

Chers pas beaucoup mais de bon goût qui lisez ce blog,

sachez que deux filles parmi les plus cools de Paris (et donc de la Terre), Kumisolo et Jane Rioufol viennent chacune de publier un livre. Et il ne s’agit pas de n’importe quel type de livre. Des livres sur des sujets qui nous passionnent et nous concernent tous : la nourriture et le sexe. Et comme en plus d’être cools, Jane et Kumi sont smart : leurs livres réinventent et transgressent leurs genres respectifs, la classe ! 

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La viande n’est pas à la mode, c’est entendu. Manger de la viande, c’est totalement ringard, ravageur pour la planète et criminel pour les animaux. Si, comme moi, vous adhérez à ce discours  mais avez du mal à résister à un appétissant steak tartare, le livre de Kumisolo devrait vous parler. « Bon appétons » (car c’est comme ça qu’on dit au Japon) se compose de 13 petites recettes pour cuisiner non veggie mais funky et consommer de la viande avec goût et parcimonie !  Et comme la cuisine est un art, il y a même un CD conçu par lakitchenmusic.com pour écouter de la musique en cuisinant son Rice Burger de boeuf ou ses gyozas sister au porc ! Note pour les plus végétariens, si le livre de kumisolo ne vous fait pas changer d’alimentation, vous pouvez toujours vous rabattre sur la chapardeuse, le premier extrait du nouvel EP, La Femme Japonaise ! A fredonner pas seulement en cuisinant… 

L’appétit venant en mangeant, passons au livre de Jane qui montre que si écrire un Kama Sutra est un exercice périlleux, c’est un exercice possible dont elle se sort haut la main ! A côté de tous les kama sutra ratés qui répètent bêtement depuis des siècles des noms de positions que l’on ne connaît que trop, il existe désormais le livre de Jane Rioufol et Marie Perron. C’est un kama sutra réinventé pour aujourd’hui, dans l’air du temps et de notre temps qui répertorie X positions pour le faire chez soi, chez les autres, en société, en déplacement et partout ailleurs.  C’est un kama sutra séduisant,  inspirant, amusant, ébourriffant, et surtout libre  où figurent même les positions recalées aux commentaires décalés : « Il l’a portée jusqu’au lit, le lit était très loin, à l’arrivée, elle était devenue moche. »

Bref, que l’on soit de gauche ou de droite, végétarien ou carnivore, prenons position pour le Kama Sutra Cul(te) de Jane Rioufol et Marie Perron et dévorons le « Bon appétons » de Kumisolo ! 

 

Léa Mania

26 mai 2013 1 commentaire

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En attribuant la Palme d’Or à entre autres, Léa Seydoux, le jury du 66ème festival de Cannes vient de récompenser la plus douée et prometteuse des actrices françaises.

Rien ne permettait de prévoir qu’elle saurait se hisser si haut.

Etre la petite fille du PDG de Pathé ouvre certainement toutes les portes du monde (et plus encore celles des films produits par Pathé) mais ne dit rien du talent de quelqu’un, de sa capacité à choisir les bons films, à rencontrer le public, la critique. Etre la fille de, comme ne pas être la fille de, n’entre pas dans la composition de l’alchimie.

Avec cette Palme d’Or, Léa Seydoux est tout simplement en train d’exploser, de s’installer au rang de star incontournable du cinéma français, de nouvelle Catherine Deneuve. Outre une ressemblance physique assez frappante, un certain goût pour le secret de leur vie privée, Léa (comme Catherine) parvient à marier apparitions dans de gros blockbusters populaires (Mission Impossible), films d’auteurs grand public (Midnight in Paris, Les Adieux à la Reine), et films confidentiels comme Belle Epine ou L’enfant d’en haut.

Souhaitons à Léa Seydoux que Blue is the warmest color soit son Belle de Jour…

#Notepourplustard1 : qu’un film mettant en scène un amour entre deux femmes remporte la Palme d’Or le jour d’une manifestation anti mariage gay, ça n’a pas de prix.

#Notepourplustard2 : Sur la couleur bleue, lire les livres de Michel Pastoureau.

#Notepourplustard3 : sur le palmarès at large, on se félicitera des nombreuses récompenses attribuées au cinéma asiatique tant chinois que japonais  et de l’absence de récompenses pour Ryan Gosling et Only God Forgive.