
Voilà vraiment longtemps que je n’ai pas posté par ici… Non pas que je n’avais rien à dire. Ceux qui me connaissent le savent, j’ai toujours un avis sur tout, même si souvent, je ferais mieux de me taire… Ces derniers temps, c’est plus par fainéantise et grosse flemme que je n’ai donc pas posté. Heureusement, ma communauté de lecteurs n’est pas si grande qu’elle me réclame à corps et à cris !
Mais hier, j’ai lu un livre qui me pousse à écrire ici. C’est un petit livre où il est beaucoup question de mode, de cinéma, de considérations philosophiques… Un livre émouvant, captivant, qui se picore et se dévore en l’espace d’une journée froide et ensoleillée. Pour l’essentiel, ce sont des articles parus dans Vogue, L’Express, Elle et bien d’autres journaux. Ces articles en noir et blanc traitent de sujets aussi variés que Yves Saint-Laurent, Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, le rire, le clochard de mon enfance ou des doigts dans le nez. Tous ces articles ont en commun d’être superbement rédigés avec un sens de l’observation et de l’à propos aiguisés, ironie et tendresse. Tous ces articles ont également en commun d’avoir été écrits par Françoise Sagan. En lisant ces textes, je me suis comme souvent senti un peu honteux de n’avoir pas croisé Sagan avant, d’avoir lu sans plaisir des dizaines de livres et d’auteurs aussitôt lus aussitôt oubliés et d’être passé à côté de l’évidence, d’un auteur que tout le monde connaît, dont beaucoup de gens y compris des gens que j’aime me parlent souvent. Je vais essayer de rattraper mon retard, de combler cette lacune, de découvrir un peu plus Sagan…
Comme j’ai le goût des citations, je ne peux m’empêcher de partager avec vous ce petit passage de l’article consacré à Saint-Laurent. J’espère qu’il mettra l’eau à la bouche de ceux qui comme moi ne connaissent pas ou pas bien Sagan et qu’il donnera à penser à quelques connaissances passionnées de mode. C’est Saint Laurent qui parle mais c’est Sagan qui écrit…
“je ne sais pas encore comment, mais je sais, je pressens que dans cette passion, cette uniformité des gens jeunes à s’habiller tous pareils, il y a là une idée, quelque chose que je finirai par trouver, si ce n’est à faire. En tout cas, ce qui est resté et restera identique au fil des jours, maintenant jusqu’à la fin des temps, ce sera cette dérivation des vêtements d’hommes en vêtements de femmes. Il y a maintenant une mode des femmes qui vient droit de la mode des hommes et qui est un besoin d’être confortable, ou d’être proche des hommes, se servir de leurs vêtements, de leurs goûts sans pour cela vouloir ni les doubler, ni les copier, ni les déviriliser, simplement pour les rejoindre. Les hommes s’habillent plus confortablement que les femmes parce qu’ils n’ont pas à remplir ce rôle d’objet qui a si souvent paralysé les femmes des autres générations. Il y a un souci d’égalité et non pas de revanche dans tous ces chandails trop larges, ces chemisiers noués à la taille, tous ces emprunts que font les femmes aux hommes et qui leur vont généralement si bien. Ca, ça sera stable. Le confort est devenu à présent une valeur aussi déterminante que l’esthétique; et ce n’est pas un mal pour un couturier d’avoir à y répondre : ça évite les erreurs ou des phantasmes inaccessibles aux gens qui vivent et qui travaillent.”
Françoise Sagan, La petite robe noire et autres texte, le Livre de Poche